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08/01/2013

Dérives culturelles, crise des valeurs

Extrait de la page externe : http://www.rnw.nl/afrique/article/para%C3%AEtre-riche-%C3%A0-presque-nimporte-quel-prix
 
"Paraître riche, à presque n'importe quel prix !
 
Pour paraître riches, des jeunes filles vont jusqu’à se priver et n’hésitent pas à multiplier les relations ‘sentimentales’ rémunérées.
Par Anne Mireille Nzouankeu à Yaoundé
Brigitte Eulalie E. a 26 ans. Elle est une jeune fille venant d’une famille modeste. Un père employé de bureau et une mère qui fait du petit commerce, deux grands frères au chômage et trois cadets encore lycéens et étudiants. La famille vit entassée dans un petit trois-pièces mais pourtant, Eulalie E. étudiante en commerce international, a l’apparence d’une fille de famille riche.
Elle ne porte que des vêtements et des chaussures de marque. Elle possède aussi un iPhone et est coiffée avec des mèches brésiliennes, qui coûtent entre 150.000 et 400.000 FCfa (entre 230 et 611 €) en fonction de la longueur, ce qui représente deux mois du salaire de son père.
Pour mener ce rythme de vie, la jeune fille se fait entretenir par plusieurs hommes riches et âgés. "Il faut se donner les moyens de réussir. Plus on paraît pauvre, moins les portes s’ouvrent. De plus, je n’ai pas envie de rester pauvre toute ma vie", justifie Brigitte Eulalie E.
Cheveux artificiels
La plupart des jeunes filles camerounaises mettent des cheveux artificiels couramment appelés greffes. "Cela est dû au fait que « les cheveux noirs sont crépus et difficiles à coiffer surtout lorsqu’on doit rapidement se préparer pour l’école ou le travail", confie Marie Hélène Aboudi, secrétaire dans un bureau d’une entreprise privée à Yaoundé.
"Moi je préfère les greffes brésiliennes parce qu’elles ont l’air de vrais cheveux et durent plus longtemps. Même après deux mois, la mèche est toujours souple et on la porte aisément. Les greffes d’origine chinoise durcissent au bout de 10 jours et deviennent raides donnant l’impression qu’on porte un sac sur la tête", ajoute-t-elle, sans expliquer comment elle réussi à acheter ces greffes avec son salaire de 70.000FCfa (106,8€) par mois.
Presque de la prostitution
Etienne Ngandeu est un vendeur de greffes très connu au marché central de Yaoundé, l’un des plus grands de la ville. "Jusqu’au début de l’année, je vendais beaucoup plus des greffes d’origine chinoise qui coûtent entre 2000 et 5000FCfa (entre 3,05 et 7,63€). Mais, depuis l’apparition des greffes brésiliennes sur le marché camerounais il y a quatre mois à peu près, c’est devenu le nouveau signe extérieur de richesse des jeunes filles", dit Etienne Ngandeu.
Il confie que la plupart des filles avancent de l’argent et viennent payer en plusieurs tranches. "J’entends souvent les filles causer entre elles lorsqu’elles sont dans mon magasin. Il y a des filles de familles riches qui reçoivent de l’argent de leurs parents pour acheter ces greffes. Mais il y a aussi des filles qui vont presque jusqu’à se prostituer pour avoir cet argent", dit Etienne Ngandeu.
En fait, cette greffe est considérée comme un signe extérieur de richesse. Il faut avoir suffisamment d’argent et avoir déjà résolu un certain nombre de problèmes pour dépenser jusqu’à 600 euros pour porter un accessoire qu’on jette au bout de deux à trois mois.

Troubles de la personnalité

D’après Vincent Ayina, psychologue dans un collège de Yaoundé, "le fait d’être prêt à tout pour paraître ce qu’on n’est pas est en fait un trouble de la personnalité qui passe malheureusement très souvent inaperçu, car la ligne de démarcation entre le trouble de la personnalité et l’ambition ou le désir de satisfaire une passion est très mince."
Il illustre ses propos par une question : "Comment qualifier une personne à revenus très modestes qui contracte plusieurs crédits pour s’offrir une voiture de luxe par exemple ? Est-ce quelqu’un qui veut paraître ce qu’il n’est pas ? Une personne qui veut absolument se faire plaisir ou une personne qui est prête à tout pour réaliser un rêve ? Il faut des entretiens plus poussés avec la personne pour déterminer son problème exact."
Le psychologue explique cependant que ces troubles de la personnalité ont très souvent pour origine des traumatismes subis au cours de l’enfance, par exemple la frustration que l’on ressent face à des camarades ou qui ont tout ce qu’ils veulent. « L’éducation que l’on reçoit jour également un rôle », dit-il.
Brigitte Eulalie E. sait très exactement ce qui est à l’origine de son comportement. Elle explique : "Lorsque je demandais de l’argent à mon père, il me disait : regarde les filles de ton âge acheter des voitures à leur père ! Toi tu es assise à la maison à me demander de l’argent au lieu d’aller te débrouiller dehors. C’est pour ça que j’ai commencé à sortir et à fréquenter des milieux chics où je peux rencontrer des hommes riches."
"Dans les mois qui suivent, je m’achèterai une voiture, l’accessoire qui viendra compléter mon look de fille de bonne famille", conclut-elle."

Un article intéressant sur un sujet méconnu. Il est important d'en parler, de faire tomber les tabous et l'hypocrisie autour de ce sujet!

Attention c'est un sujet sensible, on a vite fait de porter des jugements racistes ou de prendre des propos mal exprimés pour du racisme, et les racistes ont vite fait de répéter juste ce qui les intéresse sans le contexte.

J'aimerais ajouter mon point de vue à ce récit "singulier".
Les 2 problèmes intrinsèquement liés que sont le culte des apparences et la prostitution au sens large, comme le montre votre article, sont extrèmement courants et entraînent des problèmes encore bien plus graves en banalisant le mensonge, la manipulation, le vol, les relations sociales intéressées, la prise de risques financiers, la domination sexuelle des plus riches sur les plus pauvres, les dérives sexuelles liées à cette domination, la discrimination, etc.

Quand les valeurs morales d'une personne sont remplacées par la centralité de l'image donnée, et plus encore quand cette image recherchée est celle de la richesse, seule la répression fonctionne pour l'empêcher de nuire à autrui et d'être un poids pour la société, alors que les valeurs morales suffisent chez un individu ayant un système de valeurs sain, qui se rendra utile à la société en étant par exemple productif, altruiste ou consciencieux.

La situation se dégrade vite quand un grande part d'une population donnée a intégré une culture de l'image et de l'argent. Et comme le souligne très justement cet article, c'est la précarité qui provoque cette culture. Plus une population constate un gouffre entre les conditions de vie des plus riches et celles des moins riches, et plus elle tombera dans ce vice. Malheureusement, cette culture malsaine est elle-même créatrice d'inégalités, ce qui fait qu'on est dans un cercle vicieux.

Les inégalités sociales sont à l'origine d'absurdités culturelles, et ne peuvent êtres combattues que par une prise de conscience répandue par les personnes les moins aisées de ce cercle vicieux et des valeurs utiles à la société et donc à chacun.